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Osteo-Stop

Pour en finir avec l' "ostéopathie"

Site d'informations scientifiques sur une arnaque pseudo-médicale

« Avoir l’esprit ouvert ne signifie pas l’avoir béant à toutes les sottises ».
Jean Rostand

Analyse médicale de l’ « ostéopathie »

 

Pourquoi critiquer l’ « ostéopathie » ?

Par des efforts publicitaires permanents, et en profitant des insuffisances (réelles) de la médecine classique, l’ « ostéopathie » est arrivée à faire croire qu’elle représentait une alternative médicale sûre, efficace, dénuée de dangers et d’effets secondaires.
Il n’en est rien.

L’ « ostéopathie » est une croyance, et en matière de croyances médicales, nous savons depuis longtemps que tout est possible, le meilleur comme le pire. L’Histoire de la Médecine est là pour nous rappeler que des traitements passés peuvent nous sembler absurdes de nos jours et pourtant avoir été réalisés autrefois avec popularité et succès réguliers. C’est le cas de saignées et des purges qui avaient réponse à tous les maux, et qui avaient leurs adeptes à une certaine époque.

Le niveau de prétention des ostéopathes en matière de diagnostics et de traitement fait qu’il est temps que la communauté médicale et chirurgicale réagisse pour dire clairement ce qu’est l’ « ostéopathie ».

 

Analyse des définitions de l’ « ostéopathie »

Définition de la Convention Européenne d’Ostéopathie de Bruxelles
Reprenons la définition (Cf. page Principes) :

« La médecine ostéopathique est une science, un art et une philosophie des soins de santé, étayée par des connaissances scientifiques en évolution.
Sa philosophie englobe le concept de l’unité de la structure de l’organisme vivant et de ses fonctions. Sa spécificité consiste à utiliser un mode thérapeutique qui vise à réharmoniser les rapports de mobilité et de fluctuation des structures anatomiques.
Son art consiste en l’application de ses concepts à la pratique médicale dans toutes ses branches et spécialités.
Sa science comprend notamment les connaissances comportementales, chimiques, physiques et biologiques relatives au rétablissement et à la préservation de la santé, ainsi qu’à la prévention de la maladie et au soulagement du malade.

« La médecine ostéopathique est une science » :

C’est doublement faux : la médecine ostéopathique n’est pas une science.
Dans cette définition, l’ « ostéopathie » se classe de son propre chef dans la Médecine, ce qui automatiquement sert de caution (autopromotion) aux yeux du lecteur profane.
De plus, elle se réclame du groupe des sciences, ce qui renforce cette pseudo-validité auto-déclarée.
C’est un grand principe de toute pseudo-science, celui de l’auto-promulgation.

« étayée par des connaissances scientifiques en évolution » :

Il s’agit là d’un MENSONGE éhonté. Mais pour s’en rendre compte, il faut avoir lu les rapports d’expertise internationaux sur l’ « ostéopathie ».

Rappelons la conclusion du Rapport de L’Académie Nationale de Médecine :
« L’Académie nationale de médecine s’inquiète des conséquences possibles de la loi du 4 mars 2002, article 75, relatif à « l’usage professionnel du titre d’ostéopathe ou de chiropracteur« . Elle souligne que les méthodes manuelles à visée diagnostique et thérapeutique prônées par l’ostéopathie et la chiropraxie s’appuient, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, sur des a priori conceptuels dénués de tout fondement scientifique. »

Rappelons la conclusion du Rapport de L’Institut National de la santé et de la Recherche Médicale :
« Au total, l’ostéopathie regroupe un ensemble de pratiques diverses proposées par des professionnels bénéficiant de formations hétérogènes. L’ostéopathie propose des réponses non chirurgicales et non médicamenteuses à des troubles fonctionnels fréquents ; cette discipline est donc susceptible d’intéresser un grand nombre de patients. Les réponses apportées par l’ostéopathie sont potentiellement efficaces dans les douleurs d’origine vertébrales, mais sans supériorité prouvée par rapport aux alternatives plus classiques. Dans les autres indications, on ne peut conclure en l’état actuel des études disponibles. Des évènements indésirables rares mais graves peuvent survenir lors de manipulations des vertèbres cervicales. »

 Rappelons la position de l’Université Lanval au Canada
« Les écoles européennes, note le comité, prétendent que l’ostéopathie peut soigner «un nombre important de problèmes de santé courants», comme l’asth­me, les troubles du sommeil, les états dépressifs et an­xieux ou les troubles de l’attention. Or, après plus d’un siècle d’histoire de la discipline, la validité de cette approche n’a pas encore été démontrée, tran­che le comité. »

« Sa philosophie englobe le concept de l’unité de la structure de l’organisme vivant et de ses fonctions. Sa spécificité consiste à utiliser un mode thérapeutique qui vise à réharmoniser les rapports de mobilité et de fluctuation des structures anatomiques. »

La vision holistique du corps humain est mise en avant par le concept d’unité, mais l’association de ces deux phrases revient à dire que TOUS LES PROBLÈMES MÉDICAUX sont en rapport avec des problèmes de mobilité anatomique. Cette vision simpliste et étriquée de la physiopathologie ouvre la porte à une traitement unique, et l’on s’approche donc du remède universel, ou panacée, mythe aussi vieux que celui de l’eau de jouvence éternelle ou de la pierre philosophale.

« Son art consiste en l’application de ses concepts à la pratique médicale dans toutes ses branches et spécialités. »

Là, on annonce la couleur : TOUTES les BRANCHES et SPÉCIALITÉS médicales, rien que ça ! Ainsi, les bactéries responsables d’infections graves voire mortelles vont fuir devant les mains des « ostéopathes ». J’espère sincèrement que les parents des enfants qui souffrent d’une méningite bactérienne, ou les patients atteints d’endocardite infectieuse ne croient pas ce type de prétention, car sinon leur vie est menacée !
J’invite également les « ostéopathes » à assurer des gardes de nuit en service d’urgence pour aider les médecins à traiter les fractures ouvertes de fémur ou d’humérus, les hémorragies, les amputations de doigts à la scie sauteuse, ou de pieds à la tondeuse à gazon. Ils auront alors tout loisir de saisir la limite de leur énorme prétention.
J’invite les « ostéopathes » aux urgences psychiatriques pour « remettre en place » les méninges des patients en accès de démence ou en décompensation psychotique.
J’invite les « ostéopathes » aux urgences vasculaires pour déboucher par manipulation des artères et sauver des membres en ischémie à 3 heures du matin.

« Sa science comprend notamment les connaissances comportementales, chimiques, physiques et biologiques relatives au rétablissement et à la préservation de la santé, ainsi qu’à la prévention de la maladie et au soulagement du malade. »

Ceci correspond globalement à la définition de la Médecine dans les dictionnaires de référence ou sites internet. On voit encore une fois toute la prétention de l’ « ostéopathie » à s’identifier à la médecine de référence, mais en gardant une idéologie de diagnostic unique (TOUTE maladie est liée à un dysfonctionnement mécanique) et de remède universel.

 

Analyse des postulats de l’ « ostéopathie »

Analyse et éclairage : 1er postulat : Unité de fonction du corps humain

Rappel du postulat ( voir la page Principes) :

L’être humain est un tout. Il forme une unité complète biologique, émotionnelle, spirituelle.
L’organisme fonctionne comme une entité dynamique et indivisible.
Le corps humain fonctionne bien totalement, ou fonctionne mal totalement.
Toute perturbation se produisant dans une région déterminée du corps pourra se manifester dans n’importe quelle autre région du corps.
Tout accident dans une quelconque région du corps (pied, lombaire, thorax, cervical, tête) aura une répercussion dans la totalité du corps.

« L’être humain est un tout. Il forme une unité complète biologique, émotionnelle, spirituelle. »

L’intérêt stratégique de la première affirmation du premier postulat est d’énoncer une évidence à la fois philosophique et médicale.
De plus, l’approche globale de la santé est un point de vue très actuel et séduisant que les médecines alternatives cherchent à s’approprier, la médecine classique ayant tendance depuis des années à spécialiser (voire à hyperspécialiser) les avis, en perdant l’esprit de synthèse et sa composante psychosomatique.
Cette phrase a donc un effet immédiat pour fédérer les déçus de la médecine traditionnelle et attirer ceux qui souhaiteraient une approche plus humaine et moins technique. C’est une sorte de « racolage » intellectuel.
Mais après une « vérité évidente » les choses dérapent vite…

« Le corps humain fonctionne bien totalement, ou fonctionne mal totalement » :

Il n’existe AUCUNE étude mondiale scientifique passée ou présente pouvant soutenir et prouver cette théorie.
D’ailleurs, la réalité de terrain contredit tout simplement ce postulat : rappelons que beaucoup de personnes « fonctionnent mal » partiellement : problèmes endocrinologiques, insuffisance rénale, hépatique, cardiaque, maladies auto-immunes, séquelles de fractures, amputations,…et toutes ces personnes ont heureusement le droit, quoiqu’en pense l' »ostéopathie » de vivre bien partiellement !

« Toute perturbation se produisant dans une région déterminée du corps pourra se manifester dans n’importe quelle autre région du corps. »

Encore un fois, AUCUNE étude mondiale scientifique ne permet d’affirmer cela.
Quelles sont les bases scientifiquement validées d’une telle affirmation ?
Ce type d’affirmation médicale non vérifiée nous ramène quelques centaines d’année dans le passé, à des époques où les médecins se combattaient sur la bases de théories philosophiques sans valeur scientifique.
Actuellement, toute affirmation médicale de ce style DOIT IMPERATIVEMENT être sous-tendue par un travail de recherche clinique (étude de dossiers) respectant des protocoles précis, validé par des tests statistiques fiables et reconnu par la communauté médicale internationale.
Les postulats de ce type sont donc aux antipodes des bonnes pratiques médicales.

« Tout accident dans une quelconque région du corps (pied, lombaire, thorax, cervical, tête) aura une répercussion dans la totalité du corps. »

Les mêmes remarques s’appliquent à cette affirmation :
absence TOTALE d’étude clinique, absence de base anatomique, physiologique, physiopathologique, chimique, immunitaire, histologique,…
Heureusement que l’Histoire de l’Humanité contredit ce type d’affirmation, car en se penchant un peu sur les catastrophes sanitaires et médicales, tous les maux qui ont accompagné le développement des civilisations, la réalité d’une telle affirmation aurait mis fin à l’espèce humaine !

Avec ce type de phrase, nous évoluons à un niveau de connaissance de science-fiction (séduisante mais irréelle), à la différence près que la science-fiction ne se prend pas au sérieux.
Par contre, une telle affirmation est bien pratique pour expliquer tout et n’importe quoi :
en effet, qui n’a pas été victime à un moment de sa vie d’un accident ou d’un traumatisme plus ou moins important ?
Établir un rapport de cause à effet là où il n’y a qu’un rapport chronologique devient alors chose facile.

 

Analyse et éclairage : 2ème postulat : Auto-défense, auto-régulation et autoguérison (notion d’homéostasie)

Rappel du postulat (voir la page Principes) :

Le corps possède par lui-même les moyens de surmonter la maladie tant que la relation « structure-fonction » est respectée.
Le corps possède ses propres modèles de défense et ses propres systèmes d’alarme.
C’est l’immunité relative inhérente à la machine humaine qui a la capacité d’élaborer les substances nécessaires au maintien de la santé et à la neutralisation de la maladie.

« Le corps possède par lui-même les moyens de surmonter la maladie tant que la relation « structure-fonction » est respectée. »:

La relation « structure-fonction » est énoncée au 3ème postulat. Le 2ème postulat anticipe donc sur le 3ème postulat, chose assez surprenante dans la définition d’un système.

Encore une fois, il n’existe actuellement AUCUNE preuve de cette théorie : le terme postulat est donc particulièrement adapté : principe indémontrable ou non démontré, et qu’il faut admettre pour établir une démonstration.
Il faudrait d’abord admettre (sans preuve) la relation « structure-fonction », puis il faudrait admettre (toujours sans preuve) que le respect de cette relation permet au corps de surmonter la maladie (donc de guérir) !

 

Un des dangers de l’ « ostéopathie » apparaît ici :
d’une succession d’idées philosophiques sans fondement scientifique naît un principe de TRAITEMENT quasi-universel :

« le corps possède par lui-même les moyens de surmonter la maladie« .

Ceci est certes séduisant pour tous les défenseurs de la Nature, mais qu’en penseraient les centaines de millions de personnes décédées depuis l’aube de l’humanité de maladies infectieuses (virales, bactériennes, parasitaires,…), de pathologies métaboliques, cardiaques, hépatiques, rénales ? N’avaient-elles qu’un « non respect » de la relation « structure-fonction » ?
D’après ce 2ème postulat, les milliers d’ouvrages de physiopathologie peuvent donc se résumer dans cette seule phrase…

Au XXIème siècle, à une époque où la connaissance des maladies est de plus en plus pointue, cette notion restreint l’origine des maladies à UNE SEULE EXPLICATION, le tout sans l’ombre d’une preuve !!!!!

 

« Le corps possède ses propres modèles de défense et ses propres systèmes d’alarme »

Nous retrouvons encore une fois dans ce 2ème postulat, l’intérêt stratégique d’énoncer une vérité médicale connue de tous.

Cette façon de faire est particulièrement efficace :
Une évidence médicale ou logique, une phrase pleine de bon sens apparent, permettent d’endormir les défenses intellectuelles et l’esprit critique. Il devient alors plus facile de placer des idées invérifiables en gardant le vernis du langage scientifique et médical, à travers une phrasologie pas toujours très claire (Cf paragraphe suivant).

 

« C’est l’immunité relative inhérente à la machine humaine qui a la capacité d’élaborer les substances nécessaires au maintien de la santé et à la neutralisation de la maladie »

 Cette phrase devient plus difficile à analyser.

Qu’est-ce que l' »immunité relative » ? A priori, il s’agit de l’immunité du patient, c’est-à-dire relative au sujet. Un autre sens de l’adjectif « relative » étant « limitée, approximative », mais ce sens ne semble pas s’appliquer ici.

« Inhérente à la machine humaine » peut se comprendre par « nécessaire au fonctionnement du corps humain ».
Il aurait été plus simple pour le lecteur de parler du « système immunitaire humain » plutôt que de « l’immunité relative inhérente à la machine humaine », mais certainement moins impressionnant…

Il existe une constance dans le discours ostéopathique : l’alternance de phrases simples énonçant clairement des évidences, avec des phrases difficilement compréhensibles mais empruntant du vocabulaire médical, le tout se cautionnant réciproquement. La simplicité de la première phrase cautionne la seconde, le jargon médical officialise la première. Ce système est particulièrement efficace pour convaincre toute personne ne possédant pas de notion médicale.

Pour en revenir à la phrase qui nous intéresse, il nous est dit que le système immunitaire de l’homme élabore des substances. La notion d’anticorps est connue de tous. Les anticorps participent à la lutte permanente du corps contre les agressions externes (infections) ou internes (cellules anormales). Ces connaissances sont dues aux progrès de la médecine et non à ceux de l’ « ostéopathie ».
Mais contrairement à ce qui est laissé entendre, le système immunitaire a ses limites et n’est pas infaillible : il ne permet pas de « neutraliser » toutes les maladies.

Croire le contraire peut exposer un patient à de graves problèmes en lui faisant subir un défaut de soins, un retard à la mise en route d’un vrai traitement, une aggravation de son état.

 

Analyse et éclairage : 3ème postulat : Interdépendance structure-fonction et fonction-structure

Rappel du postulat (voir la page Principes) :

La fonction dépend de la structure : toute perturbation d’une articulation, par exemple, se répercutera sur son fonctionnement : limitations du mouvement, douleurs, etc..
La structure dépend de la fonction : par exemple, toute immobilisation prolongée d’une articulation va « enraidir » l’articulation et les tissus péri-articulaires.

 

« La fonction dépend de la structure : toute perturbation d’une articulation, par exemple, se répercutera sur son fonctionnement : limitations du mouvement, douleurs, etc.. »

Cette affirmation fait appel à une image mécanique articulaire simple : la perturbation anatomique (notion de structure) d’une articulation a une implication négative sur sa fonction première (le mouvement).
On appelle cela une lapalissade.
L’exemple du « nerf coincé » est régulièrement avancé en para-médecine mais n’a rien de démonstratif.
Les chirurgiens orthopédistes sont bien placés pour savoir que tout n’est pas aussi évident : par exemple, beaucoup de malformations osseuses congénitales sont remarquablement supportées au niveau fonctionnel, à telle point qu’elles ne sont parfois découvertes que de façon fortuite sur des radiographies faites pour autre chose.
Il s’agit là de contre-exemples FLAGRANTS à cette « vérité ostéopathique ».

 

« La structure dépend de la fonction : par exemple, toute immobilisation prolongée d’une articulation va « enraidir » l’articulation et les tissus péri-articulaires. »

Toutes les personnes immobilisées se rappellent les sensations désagréables en sortie de plâtre ou d’attelle, parfois les séances de kinésithérapie pour retrouver les amplitudes articulaires naturelles.
Cette affirmation semble donc logique.
Mais il existe encore une fois des contre-exemples : l’orthopédie pédiatrique utilise depuis très longtemps des plâtres pour assouplir les articulations enraidies : c’est exactement L’INVERSE DE CE QU’AFFIRME CE POSTULAT, mais ce qui pourtant fonctionne très bien en pratique quotidienne.

 

Malgré l’absence de preuve de haut niveau scientifique, malgré les mensonges caractérisés, malgré le détournement des connaissances médicales établies, l’ « ostéopathie » garde ses adeptes et ses partisans, comme tout mouvement sectaire

Pourquoi voit-on se développer une pratique magique pseudo-médicale avec la complicité des (ir)responsables politiques et la caution financière des requins des complémentaires santé ?

 Parce que l’Homme, en bonne santé ou malade, a besoin de croire.

Parce que la crainte de la Médecine Traditionnelle, de plus en plus technologique, est entretenue et exacerbée par la médiatisation des « erreurs médicales ».

Parce que dans cette lutte instinctive contre la technologie complexe, la tendance est au retour à la Nature, à l’explication unique et facilement accessible.

Parce que la médecine chuchote pendant que l’ « ostéopathie » s’agite vigoureusement à renfort de publicité.

Parce que l’ « ostéopathie » sublime les témoignages de guérison.

Et ce dernier point demande à être approfondi.

En effet, l’appel aux témoignages de guérison (sans comparaison à un groupe témoin) n’a AUCUNE VALEUR DE PREUVE.  La Médecine a depuis longtemps éliminé ce type d’argument de ses outils d’analyse thérapeutique.
Par contre les médecines alternatives, comme les télévangélistes américains, en semblent particulièrement friands (et nous retrouvons ici cette volonté de croire en autre chose).

Mais si l’ « ostéopathie » n’est qu’une théorie pseudo-médicale, pourquoi autant de patients y touvent-ils soulagement ?
Tout simplement parce qu’il existe de nombreux facteurs intervenant dans ce processus de soulagement, facteurs ignorés du grand public (et tenus sous silence par les ostéopathes).

 Quelques uns sont détaillés ci-dessous.

 

Les facteurs de soulagement

 1er facteur de soulagement : L’évolution spontanée d’une maladie vers la guérison

Le corps humain possède ses propres système de défense, qui sont efficaces dans de nombreux cas indépendemment de toute action médicale (médicaments, manipulations, chirurgie,…).

Si une intervention extérieure précède chronologiquement cette évolution spontanée, il est naturel d’attribuer une relation de cause à effet à ce qui n’est qu’un enchaînement chronologique.

Encore une fois, seuls les essais thérapeutiques contrôlés permettent de mesurer ce type de biais.

2ème facteur de soulagement : L’évolution cyclique d’une maladie

Un bon nombre de pathologies évoluent cycliquement, avec des phases symptomatiques (pendant lesquelles le patient va faire appel à un traitement) puis des phases de régression des symptômes (l’amélioration étant alors attribuée en apparence au traitement).

Ce faux effet positif du traitement peut là encore être analysé dans les essais thérapeutiques contrôlés (et pas par l’expérience personnelle).

3ème facteur de soulagement : Les cas exceptionnels de rémission spontanée

 Même en médecine traditionnelle, il est possible de constater des rémissions spontanées de maladies graves, et notamment cancéreuses considérées comme « sans espoir ».

Ces cas sont difficiles à expliquer, et montrent que la Médecine doit rester humble (tout en se dotant des meilleurs outils d’analyse).

Les médecines alternatives et les religions se posent moins de questions d’humilité et s’attribuent souvent ces « guérisons miraculeuses ».

4ème facteur de soulagement : L’effet placebo de TOUS les traitements

Qu’est-ce que l’effet placebo :

Voici la définition proposée en 1961 par Pierre Pichot :

 » l’effet placebo est, lors de l’administration d’une drogue active, la différence entre la modification constatée et celle imputable à l’action pharmacologique de la drogue « 
L’effet placebo déborde largement la cadre d’action des médicaments, et concerne toute forme de traitement, y compris la chirurgie !
La majorité des études réalisées sur cet effet surprenant l’ont été sur une symptôme particulier : la DOULEUR.

 L’effet placebo varie selon :

  • les pathologies,
  • les attentes du patient et du médecin,
  • la relation médecin-patient,
  • la personnalité du patient,
  • les traitements.

 Certaines études [33] ont même pu démontrer l’existence d’une effet placebo lors de manipulations vertébrales simulées…

5ème facteur de soulagement : La composante psychosomatique de certaines maladies

 La France possède le triste record mondial de consommation de médicaments psychotropes. L’essor de l' »ostéopathie » dans notre pays n’est certainement étranger à ce fait.

Les maladies psychosomatiques sont des affections s’exprimant par des symptômes corporels, dont les causes principales sont émotionnelles ou affectives.
On sait maintenant que les désordres psychosomatiques, d’abord purement fonctionnels, c’est-à-dire sans lésion décelable, peuvent, au bout d’une certain temps, entraîner des lésions des organes qu’ils affectent.

Les patients souffrant de troubles psychosomatiques représentent du pain béni pour les médecines alternatives, dont l' »ostéopathie » : l’écoute, le réconfort, le besoin de reconnaissance, le soutien pseudo-scientifique, le rituel du contact physique (mains), la réponse à toute question, sont autant d’arguments profitables aux patients, expliquant en grande partie les « succès » thérapeutiques.

Les essais thérapeutiques contrôlés ont d’ailleurs bien du mal à tenir compte de cette composante psychosomatique dans l’évaluation d’un traitement.

 6ème facteur de soulagement : L’action contre les symptômes

 Le soulagement des signes qui « gâchent la vie » est une des priorités légitimes de chaque patient, notamment par rapport au symptome DOULEUR.
Les médecines alternatives axent leur travail sur la lutte contre les symptômes plus que sur l’origine des symptômes (traitement curatif), apportant alors un soulagement, un apaisement, une diminution de l’angoisse.

La confusion entre soulagement des symptômes et traitement curatif de la maladie est fréquente.

7ème facteur de soulagement : L’effet de complémentarité

 La plupart des médecines alternatives ne prétendent pas se substituer à la médecine tradiotionnelle (le risque serait trop grand, et les primes d’assurances également…) mais se positionnent comme traitement complémentaire.

Lorsqu’un soulagement réel du patient survient après la mise en œuvre conjointe de médecine traditionnelle et alternative, il devient alors facile pour les défenseurs des médecines parallèles de s’approprier le résultat positif.

Encore une fois, seules des études cohortes de grande envergure, sur populations comparables et tirées au sort, en double aveugle (si possible) pourraient faire la part des choses entre les effets de telle ou telle médecine.
Ces études sont coûteuses, demandent un investissement humain et temporel que les effectifs médicaux ne peuvent pas toujours fournir, et concernent le plus souvent des pathologies mineures qui n’engagent pas le pronostic vitale. Elles ne sont donc pas réalisées, l’argent et le temps étant réservés pour des choses plus sérieuses.

Les médecines parallèles ont donc encore de beaux jours devant elles à moins de réaliser elles-mêmes ce travail de validation, ce qui curieusement n’est pas le cas…

8ème facteur de soulagement : Les diagnostics et auto-diagnostics erronés

Les erreurs de diagnostic se produisent car la médecine n’est pas une science exacte. Ces erreurs sont souvent très médiatisées et reprises en exemple par les adeptes des médecines alternatives.

Assez curieusement, les erreurs rencontrées lors des pratiques de médecine alternatives, et qui sont pluri-quotidinnes, ne font pas la une de nos journaux et semblent même inexistantes aux yeux du grand public.

Beaucoup de patients pratiquent de l’auto-diagnostic, souvent trompeur, et n’arrive pas à obtenir reconnaissance de leurs « compétences médicales » en médecine traditionnelle. Par contre, ils obtiennent régulièrement une officialisation de leurs cas en médecines alternatives et s’en trouvent régulièrement soulagés, pour toutes les facteurs précédemment cités.

9ème facteur de soulagement : La déformation psychologique de la réalité

Un patient qui aura énormément investi dans une médecine alternative en temps, en espoir, en argent, le tout sans résultat objectif risque de connaître une phase de dépression réactionnelle.

L’esprit humain possède un système de protection psychologique pour éviter ce déséquilibre de l’humeur et cette déception : il réinterpréte les faits en déformant de la réalité de façon à trouver des aspects positifs à un résultat thérapeutique nul. Ce phénomène se nomme la dissonance cognitive et reste bien entendu inconscient.

Il existe encore d’autres facteurs de soulagement.

 

Pour toutes ces raisons, un patient peut croire en toute bonne foi aux bienfaits de l’ « ostéopathie » pour ensuite en assurer la promotion.

 

 

Pour conclure, je ne peux que citer Paul MALVY, membre du Groupe de Travail de l’Académie Nationale de Médecine, qui dans son rapport dit :

« L’engouement actuel pour l’ « ostéopathie » s’explique facilement.
L’ « ostéopathie » utilise un langage simple, aisément compréhensible par tous. Les patients dotés d’un esprit plus critique lui trouvent même un charme apaisant, qui contraste avec la sècheresse scientifique du langage médical dont l’assimilation demande un réel effort.
L’ « ostéopathe » établit avec son patient un contact physique, en principe non traumatisant (sauf lorsqu’il s’agira de mettre en œuvre une manipulation.) Le geste est très important. Il est perçu comme la recherche attentive d’une cause obscure, fut-elle imaginaire, qui nécessite un don particulier.
En médecine conventionnelle, surtout depuis qu’elle dispose de moyens diagnostiques et thérapeutiques efficaces, le colloque singulier se réduit trop souvent à un interrogatoire orienté, l’examen au strict nécessaire, et la prescription à un automatisme, mais il faut se garder de généraliser.
Or l’homme malade, même s’il n’ignore rien des progrès de la médecine, même s’il ne perçoit plus, ou plus toujours, la maladie comme une injustice ou une malédiction, ressent encore, confusément, un besoin certain d’irrationnel. »

Cependant, on ne pardonne pas au médecin d’ignorer les « données actuelles de la science », et on exige qu’il en informe son patient ; lequel d’ailleurs ne retient que ce qu’il peut, ou veut bien retenir et, très souvent, en l’interprétant. »

« Peut-être vaudrait-il mieux enseigner la médecine en tenant un plus grand compte de sa composante « humaniste », essentielle mais insuffisamment donnée en exemple, plutôt que d’officialiser des pratiques qui cherchent à s’en éloigner en s’appuyant sur des a priori d’inspiration, en grande partie, purement philosophique. »

 

 

Analyse de l’ « ostéopathie » crânienne

Compte-rendu méthodique et évaluation critique des preuves scientifiques sur la thérapie craniosacrée
Centre fo Health Service and Policy Research
British Columbia Office of Health Technology Assessment
Joint Health Technology Assessment Series
Nous avons la chance de disposer sur l’ « ostéopathie » crânienne d’une étude réalisée par un centre de référence, et bien conduite sur le plan méthodologique.

Avant de reproduire la conclusion de cette étude, en voici les conditions de réalisation :

 Le Centre d’Evaluation des Technologies de la Santé de Colombie Britannique (The British Columbia Office of Health Technology Assessment – BCOHTA) a été crée le 1er décembre 1990 grâce à une bourse accordée par la Province à l’Université de Colombie Britannique afin de promouvoir et d’encourager le recours à la recherche, l’évaluation en politique, la planification et l’exploitation des décisions par le gouvernement, les instances dirigeantes de la santé et les médecins.
Il est important de signaler que le travail du centre se limite à évaluer les preuves scientifiques sans engagement dans la politique de développement de l’organisation requérante.
Les évaluations sont effectuées en réponse aux demandes du secteur public comme les hôpitaux, les chercheurs, les associations professionnelles, les secteurs de la santé, le gouvernement ; ainsi qu’aux demandes du secteur privé tels que des entreprises et les individus en général.
Un ou plusieurs des critères suivants sont utilisés afin de déterminer la priorité d’une évaluation et le niveau de l’analyse :

  1. nombre d’utilisateurs et changement potentiel dans la qualité de vie,
  2. acquisition et coûts opérationnels pour le système de santé,
  3. influence potentielle du compte-rendu sur le fournisseur et le consommateur suite à la publication d’un compte-rendu,
  4. disponibilité de renseignements précis et de compétences de recherches appropriées.

 Des bibliographies enregistrées sur des bases de données informatiques et des ouvrages éphémères (c’est-à-dire des ouvrages qui ne sont ni répertoriés sur catalogue ni publiés) sont examinées en utilisant des critères d’inclusion et d’exclusion basés sur une stratégie de recherche spécifique.
L’évaluation critique des preuves recherchées prend en compte la formulation de conclusions logiques et défendables sur la technologie à l’étude.
Les projets d’évaluation de la H. T. A. sont conduits par le corps enseignant et le personnel (y compris des médecins consultants) experts dans l’étude des techniques méthodologiques. Les rapports sont examinés en interne puis sont envoyés à des experts, dont les disciplines cliniques ou académiques sont des plus variées, pour une étude externe.
Les commentaires et les suggestions sont examinés avant la production du document final.
La distribution des rapports se fait sur la demande du Centre ou par inscription à notre liste d’adresses.
La puissance de la technique du rapport méthodique du BCOHTA réside dans le processus qui détaille de manière explicite la méthodologie et les critères utilisés pour émettre des recommandations uniquement basées sur la recherche de preuves.
Ce processus d’évaluation clair et reproductible permet aux lecteurs de réexaminer, pour eux-mêmes, les preuves de manière objective.
Les rapports qui s’en suivent sont disponibles au public.

 Conclusion de l’étude

Ce compte-rendu méthodique a montré qu’il n’existe pas suffisamment de preuves scientifiques pour recommander la thérapie crânio-sacrée à des patients, des praticiens ou à des tiers pour toute condition clinique.

La littérature suggère que les sutures de la boite crânienne ne s’oblitèrent, ne fusionnent et ne s’ossifient qu’à l’âge adulte.
Il y a bien quelques preuves (encore que provenant de recherches dont la qualité est discutable) de mouvement potentiel des sutures crâniennes dans les premières années de la vie. Mais les questions demeurent quant à savoir si un tel « mouvement » est décelable par la palpation ou si la mobilité a quelque influence sur la santé ou la maladie.
Les auteurs de ce compte-rendu ont également noté, en accord avec les tenants de la thérapie crânio-sacrée, qu’il existe un rythme crânio-sacré, une impulsion ou une « respiration primaire » indépendante des autres rythmes du corps pouvant être mesurés (rythme cardiaque ou respiratoire).
Avezaat & Eijndhoven 1986 [34] et Feinberg & Mark 1987 [35] ont employé une technologie sophistiquée pour comprendre le phénomène. Cependant, leurs études ainsi que d’autres n’apportent pas de preuves valables sur le fait que le « rythme » ou « pouls » crânio-sacré puisse être perçu avec fiabilité par un examinateur.

Notre compte-rendu ne permet pas de penser qu’il existe des données raisonnables qui permettraient une telle conclusion.

L’influence du rythme crânio-sacré sur la santé ou la maladie est totalement inconnue.

Les cliniciens ont besoin de moyens d’évaluation fiables pour prendre des décisions.

L’évaluation crânio -sacrée n’a pas montré cette fiabilité.
La littérature sur la thérapie crânio-sacrée ne fournit pas de preuves de haut niveau, tels que des essais randomisés contrôlés de ses effets sur la santé. Les preuves disponibles sont de faible qualité méthodologique, varient fortement, manquent de cohérence et ne permettent pas d’apporter de conclusions logiques « positives » sur la thérapie crânio-sacrée.

 

Upledger, en 1995, ostéopathe et fondateur de l’Institut d’Intégration Crânio-Sacré affirme que :

« les résultats positifs d’un patient qui font suite à la thérapie crânio-sacrée devraient peser plus lourd que les données rapportées par des protocoles de recherche impliquant des sujets humains car il n’est pas possible de contrôler toutes les variables d’une telle étude ».

 

Commentaire sur cette remarque de Mr Upledger :

    • Cette remarque est totalement fausse.
    • Elle représente un condensé de la pensée ostéopathique dont la fausseté est mise en relief par les études scientifiques rigoureuses.