Pourquoi critiquer l'"ostéopathie" ?

Par des efforts publicitaires permanents, et en profitant des insuffisances (réelles) de la médecine classique, l'"ostéopathie" est arrivée à faire croire qu'elle représentait une alternative médicale sûre, efficace, dénuée de dangers et d'effets secondaires.

Il n'en est rien.

 

L'"ostéopathie" est une croyance, et en matière de croyances médicales, nous savons depuis longtemps que tout est possible, le meilleur comme le pire. L'Histoire de la Médecine est là pour nous rappeler que des traitements passés peuvent nous sembler absurdes de nos jours et pourtant avoir été réalisés autrefois avec popularité et succès réguliers. C'est le cas de saignées et des purges qui avaient réponse à tous les maux, et qui avaient leurs adeptes à une certaine époque.

Le niveau de prétention des ostéopathes en matière de diagnostics et de traitements fait qu'il est temps que la communauté médicale et chirurgicale réagisse pour dire clairement ce qu'est l'"ostéopathie".

Analyse de définition de l'“ostéopathie”

Définition de la Convention Européenne d'Ostéopathie de Bruxelles
Reprenons la définition (Cf. page Principes) :

"La médecine ostéopathique est une science, un art et une philosophie des soins de santé, étayée par des connaissances scientifiques en évolution.
Sa philosophie englobe le concept de l’unité de la structure de l’organisme vivant et de ses fonctions. Sa spécificité consiste à utiliser un mode thérapeutique qui vise à réharmoniser les rapports de mobilité et de fluctuation des structures anatomiques.
Son art consiste en l’application de ses concepts à la pratique médicale dans toutes ses branches et spécialités.
Sa science comprend notamment les connaissances comportementales, chimiques, physiques et biologiques relatives au rétablissement et à la préservation de la santé, ainsi qu’à la prévention de la maladie et au soulagement du malade."

 

"La médecine ostéopathique est une science ":


Dans, cette définition, l'"ostéopathie" se classe elle-même en Médecine, ce qui lui sert de caution (autopromotion).
De plus, elle se réclame du groupe des sciences, ce qui renforce cette impression de validité.

La "reconnaissance" de l'"ostéopathie" par l'Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.) est simplement celle de son existence au sein des médecines parallèles.

 

"étayée par des connaissance scientifiques en évolution":

il s'agit là d'un MENSONGE.

 

Le groupe d'experts du Rapport de L'Académie Nationale de Médecine conclut à propos de l'"ostéopathie" :

"L’Académie nationale de médecine s’inquiète des conséquences possibles de la loi du 4 mars 2002, article 75, relatif à "l’usage professionnel du titre d’ostéopathe ou de chiropracteur". Elle souligne que les méthodes manuelles à visée diagnostique et thérapeutique prônées par l’ostéopathie et la chiropraxie s’appuient, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, sur des a priori conceptuels dénués de tout fondement scientifique."

 

Analyse des postulats de l'“ostéopathie”

 

1er postulat : Unité de fonction du corps humain

Rappel du postulat (Cf. page Principes) :

L'être humain est un tout. Il forme une unité complète biologique, émotionnelle, spirituelle.
L 'organisme fonctionne comme une entité dynamique et indivisible.
Le corps humain fonctionne bien totalement, ou fonctionne mal totalement.
Toute perturbation se produisant dans une région déterminée du corps pourra se manifester dans n'importe quelle autre région du corps.
Tout accident dans une quelconque région du corps (pied, lombaire, thorax, cervical, tête) aura une répercussion dans la totalité du corps.

 

"L'être humain est un tout. Il forme une unité complète biologique, émotionnelle, spirituelle."

 

Cette première phrase est une évidence à la fois philosophique et médicale.
Elle vise à séduire et à proposer ce que la médecine classique a tendance à perdre depuis des années, c'est-à-dire son approche psychosomatique du malade.
Il s'agit d'une accroche intellectuelle.

Mais après une "vérité évidente" les choses dérapent vite...

 

"Le corps humain fonctionne bien totalement, ou fonctionne mal totalement"

 

Il n'existe AUCUNE étude mondiale scientifique passée ou présente pouvant soutenir et prouver cette théorie.

Actuellement, toute affirmation médicale de ce type DOIT IMPERATIVEMENT être sous-tendue par un travail de recherche clinique (étude de dossiers) respectant des protocoles précis, validé par des tests statistiques fiables et reconnu par la communauté médicale internationale.

 

Il ne s'agit pas de bonnes pratiques médicales, car il n'y a aucune preuve.

 

De plus, rappelons que beaucoup de personnes "fonctionnent mal" partiellement : problèmes endocrinologiques, insuffisance rénale, hépatique, cardiaque, maladies auto-immunes, séquelles de fractures, amputations,...et toutes ces personnes ont le droit, quoiqu'en pense l'"ostéopathie" de vivre bien partiellement !

 

"Toute perturbation se produisant dans une région déterminée du corps pourra se manifester dans n'importe quelle autre région du corps."

"Tout accident dans une quelconque région du corps (pied, lombaire, thorax, cervical, tête) aura une répercussion dans la totalité du corps."

 

La même remarque s'applique à ces affirmations : absence TOTALE de preuve scientifique.

 

De telles phrases sont bien pratiques pour expliquer tout et n'importe quoi : en effet, qui n'a pas été victime à un moment de sa vie d'un accident ou d'un traumatisme plus ou moins important ?

 

Etablir un rapport de cause à effet là où il n'y a qu'un rapport chronologique devient alors chose facile.

2ème postulat : Auto-défense, auto-régulation et autoguérison (notion d'homéostasie)

Rappel du postulat (Cf. page Principes) :

Le corps possède par lui-même les moyens de surmonter la maladie tant que la relation "structure-fonction" est respectée.

Le corps possède ses propres modèles de défense et ses propres systèmes d'alarme.

C'est l'immunité relative inhérente à la machine humaine qui a la capacité d'élaborer les substances nécessaires au maintien de la santé et à la neutralisation de la maladie.

 

"Le corps possède par lui-même les moyens de surmonter la maladie tant que la relation "structure-fonction" est respecté."

 

Encore une fois, il n'existe actuellement AUCUNE preuve de cette théorie : le terme postulat est donc particulièrement adapté : il faut admettre sans preuve !


Tout ceci n'est pas sans danger : de ces idées sans aucune preuve naît un principe de TRAITEMENT quasi-universel : "le corps possède par lui-même les moyens de surmonter la maladie".

 

Si seulement celà était vrai !!!

 

Mais qu'en pensent les centaines de millions de personnes décédées depuis l'aube de l'humanité de maladies infectieuses (virales, bactériennes, parasitaires,...), de pathologies du sang, du coeur, du foie, des reins ? N'avaient-elles qu'un "non repsect" de la relation "structure-fonction" ?

Au XXIème siècle, cette idée restreint l'origine des maladies à UNE SEULE EXPLICATION, le tout sans l'ombre d'une preuve !!!!!

 

"Le corps possède ses propres modèles de défense et ses propres systèmes d'alarme"

Nous retrouvons encore une fois dans ce 2ème postulat, l'intérêt stratégique d'énoncer une vérité médicale connue de tous.

 

Cette façon de faire est particulièrement efficace : Une évidence médicale permet d'endormir le patient. Il devient alors plus facile de placer des idées invérifiables en utilisant du jargon médical et des termes pas toujours très clairs (Cf paragraphe suivant).

 

"C'est l'immunité relative inhérente à la machine humaine qui a la capacité d'élaborer les substances nécessaires au maintien de la santé et à la neutralisation de la maladie"

Cette phrase devient plus difficile à analyser.

 

Qu'est-ce que l'"immunité relative" ? Que veut dire "Inhérente à la machine humaine" ?

 

Parler du "système immunitaire humain" plutôt que de "l'immunité relative inhérente à la machine humaine", mais certainement moins impressionnant...

Le discours des ostéopathes utilise régulièrement des phrases simples avec des évidences, et des phrases incompréhensibles mais empruntant du vocabulaire médical. Ce système est particulièrement efficace pour convaincre toute personne ne possèdant pas de culture médicale.

Pour en revenir à la phrase qui nous intéresse, il nous est dit que le système immunitaire de l'homme élabore des substances. La notion d'anticorps est connue de tous. Les anticorps participent à la lutte permanente du corps contre les agressions externes (infections) ou internes (cellules anormales). Ces connaissances sont dues aux progrès de la médecine et non à ceux de l'"ostéopathie".

 

Mais contrairement à ce qui est laissé entendre, le système immunitaire a ses limites et n'est pas infaillible : il ne permet pas de "neutraliser" toutes les maladies.

Croire le contraire peut exposer un patient à de graves problèmes en lui faisant subir un défaut de soins, un retard à la mise en route d'un vrai traitement, une agravation de son état.

 

3ème postulat : Interdépendance structure-fonction et fonction-structure

Rappel du postulat (Cf. page Principes) :

 

La fonction dépend de la structure : toute perturbation d'une articulation, par exemple, se répercutera sur son fonctionnement : limitations du mouvement, douleurs, etc..

La structure dépend de la fonction : par exemple, toute immobilisation prolongée d'une articulation va "enraidir" l'articulation et les tissus péri-articulaires.

 

"La fonction dépend de la structure : toute perturbation d'une articulation, par exemple, se répercutera sur son fonctionnement : limitations du mouvement, douleurs, etc.. " :

 

L'image mécanique articulaire est simple : quand l'anatomie est perturbée (fracture..) les articulations ne peuvent plus fonctionner normalement.

Personne ne peut dire le contraire !

 

Mais il existe pourtant des contre-exemples FLAGRANTS à cette "vérité ostéopathique" : beaucoup de malformations osseuses congénitales (existantes dès la naissance) sont très bien supportées, à telle point qu'elles ne sont parfois découvertes que par hasard des années ou des dizaines d'années plus tard !

 

"La structure dépend de la fonction : par exemple, toute immobilisation prolongée d'une articulation va "enraidir" l'articulation et les tissus péri-articulaires."

Toutes les personnes immobilisées se rappellent les sensations désagréables en sortie de plâtre ou d'attelle, et la kinésithérapie pour retrouver les mouvements.

Cette affirmation semble donc logique.

Mais encore une fois il existe des contre-exemples : l'orthopédie pédiatrique utilise depuis très longtemps des plâtres pour ASSOUPLIR les articulations raides : c'est exactement L'INVERSE DE CE QU'AFFIRME CE POSTULAT.

 

Malgré l'absence de preuve de haut niveau scientifique, malgré les mensonges caractérisés, malgré le détournement des connaissances médicales établies, l'"ostéopathie" garde ses adeptes et ses partisans, comme tout mouvement sectaire

 

Pourquoi ?

 

Parce que l'Homme, en bonne santé ou malade, a besoin de croire.

 

Parce la "Médecine classique" fait peur, et que cette peur est entretenue par la médiatisation des "erreurs médicales".

 

Parce que dans cette lutte contre la technologie complexe, la mode est au retour à la Nature.

 

Parce que la médecine classique ne fait pas beaucoup de bruit pendant que l'"ostéopathie" s'agite vigoureusement à renfort de publicité.

 

Parce que l'"ostéopathie" privilégie les témoignages de guérison.

 

Et ce dernier point demande à être approfondi.

 

En effet, l'appel aux témoignages de guérison n'a AUCUNE VALEUR DE PREUVE.

 

La Médecine a depuis longtemps éliminé ce type d'argument de ses outils d'analyse.
Par contre les médecines alternatives, comme les télévangélistes américains, en semblent particulièrement friands (enore la notion de croyance).

 

Mais si l'"ostéopathie" n'est qu'une théorie pseudo-médicale, pourquoi autant de patients y touvent-ils soulagement ?

Tout simplement parce qu'il existe de nombreux facteurs intervenant dans ce processus de soulagement, facteurs ignorés du grand public (et tenus sous silence par les ostéopathes).

 

Quelques uns sont détaillés ci-dessous.

 

1er facteur de soulagement : L'évolution spontanée d'une maladie vers la guérison

Le corps humain possède ses propres système de défense, qui sont efficaces dans de nombreux cas indépendemment de toute action médicale (médicaments, maipulation, chirurgie,...).

Si l'intervention d'un ostéopathe arrive avant cette évolution spontanée, il semble naturel d'attribuer une relation de cause à effet à ce qui n'est qu'un enchaînement chronologique.

 

2ème facteur de soulagement : L'évolution cyclique d'une maladie

Un bon nombre de pathologies evoluent par cycles, avec des phases symptomatiques (pendant lesquelles le patient va faire appel à un traitement) puis des phases de régression des symptomes (l'amélioration étant alors attribuée en apparence au traitement).



3ème facteur de soulagement : Les cas exceptionnels de rémission spontanée

 

Même en médecine traditionnelle, il est possible de constater des rémissions spontanées de maladies graves, et notamment cancéreuses considérées comme "sans espoir".

Ces cas sont difficiles à expliquer, et montrent que la Médecine doit rester humble (tout en se dotant des meilleurs outils d'analyse).

Les médecines alternativent et les religions se posent moins de questions d'humilité et s'attribuent souvent ces "guérisons miraculeuses".



4ème facteur de soulagement : L'effet placebo de TOUS les traitements

Qu'est-ce que l'effet placebo :

Voici la définition proposée en 1961 par Pierre Pichot :

" l'effet placebo est, lors de l'administration d'une drogue active, la différence entre la modification constatée et celle imputable à l'action pharmacologique de la drogue "
L'effet placebo déborde largement la cadre d'action des médicaments, et concerne toute forme de traitement, y compris la chirurgie !
La majorité des études réalisées sur cet effet surprenant l'ont été sur une symptome particulier : la DOULEUR.

 

L'effet placebo varie selon :

 

Certaines études [33] ont même pu démontrer l'existence d'une effet placebo lors de manipulations vertébrales simulées...


5ème facteur de soulagement : La composante psychosomatique de certaines maladies

 

La France possède le triste record mondial de consommation de médicaments psychotropes. L'essor de l'"ostéopathie" dans notre pays n'est certainement étranger à ce fait.

Les maladies psychosomatiques sont des maladies s'exprimant par des symptomes corporels, dont les causes principales sont émotionnelles ou affectives.

On sait maintenant que les désordres psychosomatiques, d'abord purement fonctionnels, c'est-à-dire sans lésion décelable, peuvent, au bout d'une certain temps provoquer de vraies maladies (organiques).

Les patients souffrant de troubles psychosomatiques représentent du pain béni pour les médecines alternatives, dont l'"ostéopathie" : l'écoute, le réconfort, le besoin de reconnaissance, le soutien pseudo-scientifique, le rituel du contact physique (mains), la réponse à toute question, sont autant d'arguments profitables aux patients, expliquant en grande partie les "succès".




6ème facteur de soulagement : L'action contre les symptomes

 

Le soulagement des signes qui "gâchent la vie" est une des priorités légitimes de chaque patient, notamment par rapport à la DOULEUR.

Les médecines alternatives axent leur travail sur la lutte contre les symptomes plus que sur l'origine des symptomes (traitement curatif), apportant alors un soulagement, un apaisement, une diminution de l'angoisse.

La confusion entre soulagement des signes de la maladie et traitement curatif de la maladie est fréquente.


7ème facteur de soulagement : L'effet de complémentarité

 

La plupart des médecines alternatives ne prétendent pas remplacer la médecine traditionnelle (le risque serait trop grand, et les primes d'assurances également...) mais se positionnent comme traitement complémentaire.

Lorsqu'un soulagement réel du patient survient après la mise en oeuvre conjointe de médecine traditionnelle et alternative, il devient alors facile pour les défenseurs des médecines parallèles de s'approprier le résultat positif.



8ème facteur de soulagement : Les diagnostics et auto-diagnostics erronés

 

Les erreurs de diagnostic se produisent car la médecine n'est pas une science exacte. Ces erreurs sont souvent très médiatisées et citées comme par les adeptes des médecines alternatives.

Assez curieusement, les erreurs rencontrées lors des pratiques de médecine alternatives ne font pas la une de nos journaux et semblent même inexistantes aux yeux du grand public.

Beaucoup de patients pratiquent de l'auto-diagnostic, souvent trompeur, et n'arrive pas à obtenir reconnaissance de leurs "compétences médicales" en médecine traditionnelle.

Par contre, ils obtiennent régulièrement une reconnaissance de leurs "compétence" par les médecines alternatives et s'en trouvent soulagés.

 

9ème facteur de soulagement : La déformation psychologique de la réalité

 

Un malade qui aura énormément investi dans une médecine alternative temps, argent, espoir) sans résultat risque de connaître une phase de déprime.
Le cerveau possède un système de protection psychologique pour éviter cette déception : il réinterpréte les faits en déformant de la réalité de façon à trouver des aspects positifs à un résultat nul. Ce phénomène se nomme la dissonance cognitive et reste bien entendu inconscient.

 

Il existe encore d'autres facteurs de soulagement.

 

Pour toutes ces raisons, un patient peut croire en toute bonne foi aux bienfaits de l'"ostéopathie" pour ensuite en assurer la promotion.

Pour conclure, je ne peux que citer Paul MALVY, membre du Groupe de Travail de l’Académie Nationale de Médecine, qui dans son rapport dit :

 

"L’engouement actuel pour l’ostéopathie s’explique facilement.
L’ostéopathie utilise un langage simple, aisément compréhensible par tous. Les patients dotés d’un esprit plus critique lui trouvent même un charme apaisant, qui contraste avec la sècheresse scientifique du langage médical dont l’assimilation demande un réel effort.
L’ostéopathe établit avec son patient un contact physique, en principe non traumatisant (sauf lorsqu’il s’agira de mettre en œuvre une manipulation.) Le geste est très important. Il est perçu comme la recherche attentive d’une cause obscure, fut-elle imaginaire, qui nécessite un don particulier.
En médecine conventionnelle, surtout depuis qu’elle dispose de moyens diagnostiques et thérapeutiques efficaces, le colloque singulier se réduit trop souvent à un interrogatoire orienté, l’examen au strict nécessaire, et la prescription à un automatisme, mais il faut se garder de généraliser.
Or l’homme malade, même s’il n’ignore rien des progrès de la médecine, même s’il ne perçoit plus, ou plus toujours, la maladie comme une injustice ou une malédiction, ressent encore, confusément, un besoin certain d’irrationnel."

Cependant, on ne pardonne pas au médecin d’ignorer les "données actuelles de la science", et on exige qu’il en informe son patient ; lequel d’ailleurs ne retient que ce qu’il peut, ou veut bien retenir et, très souvent, en l’interprétant."

"Peut-être vaudrait-il mieux enseigner la médecine en tenant un plus grand compte de sa composante "humaniste", essentielle mais insuffisamment donnée en exemple, plutôt que d’officialiser des pratiques qui cherchent à s’en éloigner en s’appuyant sur des a priori d’inspiration, en grande partie, purement philosophique."

 

 

Analyse de l'“ostéopathie” crânienne

 

Compte-rendu méthodique et évaluation critique des preuves scientifiques sur la thérapie craniosacrée
Centre fo Health Service and Policy Research
British Columbia Office of Health Technology Assessment
Joint Health Technology Assessment Series
Nous avons la chance de disposer sur l'"ostéopathie" crânienne d'une étude réalisée par un centre de référence, et bien conduite sur le plan méthodologique.?
Avant de reproduire la conclusion de cette étude, en voici les conditions de réalisation :

 

Le Centre d’Evaluation des Technologies de la Santé de Colombie Britannique (The British Columbia Office of Health Technology Assessment - BCOHTA) a été crée le 1er décembre 1990 grâce à une bourse accordée par la Province à l’Université de Colombie Britannique afin de promouvoir et d’encourager le recours à la recherche, l’évaluation en politique, la planification et l’exploitation des décisions par le gouvernement, les instances dirigeantes de la santé et les médecins.
Il est important de signaler que le travail du centre se limite à évaluer les preuves scientifiques sans engagement dans la politique de développement de l’organisation requérante.
Les évaluations sont effectuées en réponse aux demandes du secteur public comme les hôpitaux, les chercheurs, les associations professionnelles, les secteurs de la santé, le gouvernement ; ainsi qu’aux demandes du secteur privé tels que des entreprises et les individus en général.
Un ou plusieurs des critères suivants sont utilisés afin de déterminer la priorité d’une évaluation et le niveau de l’analyse :

  1. nombre d’utilisateurs et changement potentiel dans la qualité de vie,
  2. acquisition et coûts opérationnels pour le système de santé,
  3. influence potentielle du compte-rendu sur le fournisseur et le consommateur suite à la publication d’un compte-rendu,
  4. disponibilité de renseignements précis et de compétences de recherches appropriées.

 

 

Des bibliographies enregistrées sur des bases de données informatiques et des ouvrages éphémères (c’est-à-dire des ouvrages qui ne sont ni répertoriés sur catalogue ni publiés) sont examinées en utilisant des critères d’inclusion et d’exclusion basés sur une stratégie de recherche spécifique.
L’évaluation critique des preuves recherchées prend en compte la formulation de conclusions logiques et défendables sur la technologie à l’étude.
Les projets d’évaluation de la H. T. A. sont conduits par le corps enseignant et le personnel (y compris des médecins consultants) experts dans l’étude des techniques méthodologiques. Les rapports sont examinés en interne puis sont envoyés à des experts, dont les disciplines cliniques ou académiques sont des plus variées, pour une étude externe.
Les commentaires et les suggestions sont examinés avant la production du document final.
La distribution des rapports se fait sur la demande du Centre ou par inscription à notre liste d’adresses.
La puissance de la technique du rapport méthodique du BCOHTA réside dans le processus qui détaille de manière explicite la méthodologie et les critères utilisés pour émettre des recommandations uniquement basées sur la recherche de preuves.
Ce processus d’évaluation clair et reproductible permet aux lecteurs de réexaminer, pour eux-mêmes, les preuves de manière objective.
Les rapports qui s’en suivent sont disponibles au public.

 

Conclusion de l'étude

Ce compte-rendu méthodique a montré qu’il n’existe pas suffisamment de preuves scientifiques pour recommander la thérapie crânio-sacrée à des patients, des praticiens ou à des tiers pour toute condition clinique.

La littérature suggère que les sutures de la boite crânienne ne s’oblitèrent, ne fusionnent et ne s’ossifient qu’à l’âge adulte.
Il y a bien quelques preuves (encore que provenant de recherches dont la qualité est discutable) de mouvement potentiel des sutures crâniennes dans les premières années de la vie. Mais les questions demeurent quant à savoir si un tel "mouvement" est décelable par la palpation ou si la mobilité a quelque influence sur la santé ou la maladie.
Les auteurs de ce compte-rendu ont également noté, en accord avec les tenants de la thérapie crânio-sacrée, qu’il existe un rythme crânio-sacré, une impulsion ou une "respiration primaire" indépendante des autres rythmes du corps pouvant être mesurés (rythme cardiaque ou respiratoire).
Avezaat & Eijndhoven 1986 [34] et Feinberg & Mark 1987 [35] ont employé une technologie sophistiquée pour comprendre le phénomène. Cependant, leurs études ainsi que d’autres n’apportent pas de preuves valables sur le fait que le "rythme" ou "pouls" crânio-sacré puisse être perçu avec fiabilité par un examinateur.

Notre compte-rendu ne permet pas de penser qu’il existe des données raisonnables qui permettraient une telle conclusion.

L’influence du rythme crânio-sacré sur la santé ou la maladie est totalement inconnue.

Les cliniciens ont besoin de moyens d’évaluation fiables pour prendre des décisions.

L’évaluation crânio -sacrée n’a pas montré cette fiabilité.
La littérature sur la thérapie crânio-sacrée ne fournit pas de preuves de haut niveau, tels que des essais randomisés contrôlés de ses effets sur la santé. Les preuves disponibles sont de faible qualité méthodologique, varient fortement, manquent de cohérence et ne permettent pas d’apporter de conclusions logiques "positives" sur la thérapie crâniosacrée.

 

Upledger, en 1995, ostéopathe et fondateur de l’Institut d’Intégration Crânio-Sacré affirme que :

"les résultats positifs d’un patient qui font suite à la thérapie crâniosacrée devraient peser plus lourd que les données rapportées par des protocoles de recherche impliquant des sujets humains car il n’est pas possible de contrôler toutes les variables d’une telle étude".

 

Commentaire sur cette remarque de Mr Upledger :

  • Cette remarque est totalement fausse.
  • Elle représente un condensé de la pensée ostéopathique dont la fausseté est mise en relief par les études scientifiques rigoureuses.
  • L'intérêt d'une telle remarque est donc de se dédouaner des protocoles de recherche clinique et d'évaluation en se prétextant "impossible" à évaluer.

 

S'agit-il d'ignorance ou de mauvaise foi ?

C'est à chacun de répondre...